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Février 2009 La cohabitation communautaire, clé de la stabilité à l’Est de la RDC

Marcelin Djoza, chef de mission, RDC


Dans le cadre de la gestion des conflits fonciers en Ituri, le programme mené par RCN inclut des actions visant le rapprochement des communautés, en tant que mécanisme de résolution des différends. Au-delà du bilan en termes de résultats et d’objectifs, Marcelin Djoza revient sur la particularité du contexte en Ituri et l’importance des racines du conflit. Il nous invite à réfléchir sur leurs implications dans l’articulation et la définition d’une stratégie d’intervention pertinente.

La République démocratique du Congo a connu depuis 1996 des guerres récurrentes aux conséquences sociales et humanitaires indescriptibles, la particularité du district de l’Ituri résidant dans la dimension ethnique et communautaire du conflit. Une des conséquences les plus visibles et directes de cette situation ayant été la dislocation de la cohésion communautaire, il était important qu’un effort de rapprochement des communautés soit fait.

Pour RCN, qui intervient en Ituri depuis 2004 dans la restauration de la justice ainsi que dans la pacification de la région, la « mise en réseau des acteurs locaux » est l’un des principaux résultats du projet de prévention et de gestion des conflits fonciers, financé par l’Union Européenne, le PNUD et la Belgique. A cet effet, des espaces d’atelier-rencontres ont été créés, afin de réunir les chefs coutumiers, les autorités administratives, politiques, militaires et judiciaires ainsi que des associations, pour discuter de questions précises et concrètes et aboutir à une cohabitation communautaire effective.

La stratégie à plus long terme vise l’acquisition et la diffusion des notions de droit et de civisme, règles de base de la vie en communauté. S’il est vrai que le rapprochement communautaire est un élément moteur pour le développement, la diversité culturelle génère souvent des incompréhensions mutuelles entraînant des conflits. C’est en ce sens que la vulgarisation de la loi et la sensibilisation de la population sont des méthodes utiles pour un changement de mentalités, clé de la pacification et de la stabilisation à long terme.

Les résultats de terrain obtenus grâce aux actions de rapprochement ont démontré que les communautés s’acceptent mieux mutuellement ; elles se côtoient non seulement pour discuter de leurs problèmes mais aussi pour travailler ensemble et réfléchir à la mise en place de mécanismes locaux de résolution pacifique des conflits. A titre d’illustration, on se rappellera de l’explosion du conflit interethnique en Ituri en 2002. La ville de Bunia avait été séparée en deux zones – le nord avec prédominance Lendu et alliés, et le sud avec prédominance Hema. Aujourd’hui, il n’existe plus de zones mono ethniques et les communautés organisent des activités communes.

Cependant, les efforts de rapprochement communautaire se butent à certaines contraintes. Le retour de l’autorité de l’Etat n’est pas encore effectif dans certaines zones, ce qui entraîne des flottements, et les autorités locales imposent de plus en plus leur pouvoir afin de gagner de l’espace. Les poches d’insécurité sont encore palpables dans certaines localités, ce qui empêche de consolider les progrès enregistrés vers une cohabitation communautaire effective On ne doit surtout pas oublier la question du mouvement des populations retournées, qui change la dynamique communautaire : la vision des nouveaux venus et des autochtones est très divergente, il en découle souvent des incidents et la cohabitation se trouve en difficulté. Il convient d’ajouter que les stratégies communes entre les humanitaires et les organisations à vocation développementaliste accusent des insuffisances : chacun fait ce qu’il peut, mais il manque une vraie politique conjointe entre les acteurs. A cela vient se greffer la faible alphabétisation des populations locales, ce qui favorise leur manipulation, frein pour la stabilisation et la pacification des régions de l’Est.

Le bilan est certes largement positif, car le travail réalisé à ce stade est une base des acquis en termes de développement communautaire, mais il doit être consolidé par le retour de l’autorité de l’Etat, la relance de l’économie et la sécurisation du secteur foncier. Il faudrait également travailler sur la question de l’emploi et de l’éducation pour réduire les conflits entre les communautés. Les actions doivent s’orienter vers la prévention à travers le renforcement des structures existantes et non se limiter au traitement des conséquences, comme cela était le cas en période d’urgence. En période post conflit, les communautés et les institutions locales doivent être impliquées dans toutes les actions de reconstruction, ce qui selon de nombreux experts constitue la nouvelle stratégie des bailleurs de fonds à l’Est de la République démocratique du Congo.

En définitive, il faut sortir des méthodes d’urgence, de moins en moins adaptées au contexte actuel et difficilement transposables, pour amorcer la période de développement et de reconstruction à partir de la base, c’est-à-dire des structures communautaires locales.
En conclusion, la cohabitation et le rapprochement communautaire restent des éléments capitaux pour le développement du milieu rural ainsi que pour la stabilisation de la situation sécuritaire et politique. Etant entendu que les conflits de l’Est de la République démocratique du Congo sont liés aux différends entre les communautés, il importe pour les résoudre de commencer par une bonne gestion des racines de ces conflits avant de s’attaquer aux conséquences, elles-mêmes potentiellement génératrices de nouveaux conflits.